lui, 169kg,11 mois

Il était là à mes côtés, je ne sais dire si les spasmes qui l'animaient encore étaient dûs à des pulsations sans âme ou si son esprit était encore un peu là . Son sang coulait dans la bassine d'inox à grande vitesse et ma main, recouverte par sa douce et surprenante chaleur devait remuer pour ne pas qu'il coagule.
Je criais "putain putain" une sorte de réflexe pour m'aider à passer ce moment inhabituel et au départ répugnant et puis j'ai pensé à lui, je me suis dit qu'il valait mieux que cela. Il valait mieux que mes jérémiades tintées de gêne et de dégout, il méritait le respect et des mots bienveillants, des mots reconnaissants pour ce sacrifice imposé mais qui nous donnerait bientôt tellement de joie.

Je lui ai dit "pardon, c'est bien, tu es bien, tu es bon". J'ai pensé au boudin.
L'éleveur charcutier, lisant dans les pensées, m'a demandé, si il n’était pas bon le boudin , oh que si il était bon ! Oui ne pas perdre le rythme, remuer, pour que le boudin soit bon. Je me concentrais sur le touillage et le boudin à venir et il n'était déjà plus là.
Le sang finissait encore un peu de se rependre dans le récipient métallique mais plus aucun frémissement ne se sentait de son côté. Il était parti.

Le sang a fini de couler. Mais le sang avait sa vie propre. Je me suis demandé si je brassais mal mes mains dans la bassine, mais non, visiblement, c'était normal. Le sang ne coagulait pas , c'était bien le but de la manœuvre et l'objet de mes mains dans ce liquide étranger et familier à la fois. Non le sang ne coagulait pas mais il faisait de la "glave", " c'est bien nine, maintenant il faut essorer les glaves du sang". Est ce les globules blancs qui forment cette mousse gélatineuse ? Je devais essorer et écarter du bassin cette substance visqueuse et grasse, le sang en sortait, couvrant toute la surface de mes mains de cette couleur rouge qui fascine.

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