Coup d'état, anniversaire, enterrement de vie de garçon et attentat...

Chronique d'un petit bout de l'Europe du Sud du 20 septembre et du 1er octobre 2017

 20 septembre 2017... Me voilà à château, il est 10h... tiroir caisse et whatsapp ouverts... message d'Annabel, qui, en catalan, m'explique qu'il est en train de se passer quelque chose de très grave au Sud, des représentants de la Generalitat ont été arrêtés ... toute ma journée sera ponctuée de ses messages, photos, vidéos... J'ai le coeur lourd, je vends du pif, j'ai le coeur lourd, je fais mes papiers... Je repense à la question que m'avait posé mon amie Claire de Paris, peu après les attentats des Ramblas de BCN et de Cambrill, qui se demandait si je me sentais particulièrement touchée, au vue de la proximité. Bien sûr que je l'avais été mais c'était un de plus, un énième, bien sûr que j'avais des ami(e)s qui étaient là bas... mais comme j'en avais qui étais à Paris, et qui demain seront à Marseille... Alors que là, ce 20 septembre, je me sens particulièrement touchée... Moi la mitj-mitj de Catalunya et d'Occitania, cette première violence, qui je le comprends de suite, est un tournant de l'Histoire, un de ces moment aussi fondateur que la bataille de Muret ou la répression de la République Catalana de 36...

Mais quoi, la vie continue... Et le soir venu il est temps de fêter l'anniversaire de Lysianne, avec la Grande Sandrine, Hélène, Isabelle et Lili... Allant de bars en bars, enfin d'un bar à un autre - on ne croule pas sous le choix un mardi soir à Perpignan - Lili trouve une palette, elle compte la transformer en meuble, comme d'autres qui meublent déjà son nouvel appartement (moins cher et plus facile à monter que les contreplaqués qu'on dit "suedois"). Nous voilà avec notre palette, alors pour l'exploiter au maximum, nous faisons monter Lysianne dessus et nous la portons dans la rue, telle une reine sur sa chaise à porteur, pour aller jouer le grand jeu à notre patronne préférée, Ella ! (Patronne de bar, non pardon, ouvrière de l'état Français, comme elle se plait à le dire avec son petit accent ukrainien qui rajoute à son charme.). La soirée se termine sur des palettes et sur la terrasse de Lili, un dernier message d'Annabel me parvient,  une vidéo montrant la foule de Manresa qui détache le drapeau espagnol sur le bâtiment de la guardia civil, pour dresser à la place "l'Estrella" (ce drapeau catalan auquel on rajoute une étoile blanche dans un triangle bleu).

1er octobre. C'est le jour du vote au Sud... Votarem (= nous voterons) Voltaren (pommade pour soulager les coups et les bosses mais non efficace contre le sang , ni les crises cardiaques - oui oui il y en a eu plusieurs au sein des bureaux de votations). C'est aussi l'enterrement de vie de garçon de Féfé et nous voilà partis pour une partie de Bubble Foot. L'avantage d'être la seule fille dans une partie de Bubble Foot ? Faire le soleil et valdinguer dans tout les sens car on est la plus légère et que c'est trop drôle de me voir valdinguer et que franchement c'est trop trop drôle de tournebouler dans tous les sens, sans se faire le moindre bleu. 

Avant qu'il ne soit littéralement enterré, dans le sable frontignanais, pendant que binouze, saucisse et tagada nous sustentent, Féfé, voit passer les infos sur son smartphone. : Deux filles , Marseille, couteaux, attentat revendiqué... Dans mon fort intérieur je sais bien qu'aucune de mes nombreuses amies qui vivent là-bas ne sont ni l'une ni l'autre des deux victimes mais je sais aussi que Toutes nous sommes visées. Toutes les femmes, qui s'habillent comme cela leur chante, qui chantent quand elles font du vélo, qui participent à des enterrements de vie de garçons... 

Les images du Sud  arrivent encore, la violence et la répression aux relents de franquisme. Un ami qui est "contre l'indépendance" a partagé l'une de mes vidéos, envoyée depuis le sud. Il est contre l'indépendance, oui, mais encore plus contre cette obstination de Madrid d'user de la force face à un peuple pacifiste.
Mais quoi... la fête continue... 



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