Somme initiatique
C'est souvent surprenant les rêves... Qu'est ce que notre cerveau cherche à faire de nous ?
J'avais 19 ans, nous étions en décembre 1998, mon père venait de vendre la maison dans laquelle j'avais grandi, mais que nous n'habitions plus depuis 6 ans.
Un pétard de trop, probablement, j'avais trouvé une idée lumineuse : rejoindre la maison de mon enfance en longeant la rivière en partant de la maison dans laquelle nous vivions. Est-il nécessaire d'ajouter que mon père avait manqué s’étouffer (au sens propre) en poussant de grands "NON") et que sans le soutien de ma mère cette idée farfelue en serait restée là.
Quel rapport avec les rêves ? Ce matin, dans mon sommeil paradoxal, je racontais à une entité (je ne l'ai pas vu mais, elle avait une énergie masculine) cette expérience là et tout en le lui racontant je revivais les images de mes souvenirs de cette épopée minuscule.
Au début, le chemin était tout à fait praticable, un chemin cavalier qui longe l'Aude sur 1km, puis le chemin est devenu sentier, et puis plus rien, mais moi, obstinée j'ai continué à avancer. J'ai fini par me retrouver accrochée dans des ronces, telle un pantin, les genoux à terre, les deux coudes en l'air et les mains pendantes. Je me rappelle avoir regardé la pleine lune et m'être moquée de moi-même en me disant "Bof finalement, même si tu avais un téléphone portable tu en ferais quoi là ? tu pourrais même pas l'attraper... Allô la lune ?" En 98, je ne savais pas encore que quelques années plus tard je serai sous perfusions smartphoniques.
Mon rêve m'a fait retraverser les vignes que j'avais bravement longées, à l’orée des petits châteaux que l'on trouvent aux abords de Carcassonne ; Et aussi ce champs boueux, que l'horticulteur venait de labourer. Je me rappelle que mes chaussures pesaient des tonnes, tellement la terre s'y collait. Le crépuscule tombait et je m'imaginais être sur la lune avec des chaussures de plombs (oui oui, je fumais trop).
Dans le rêve, je racontais et je revoyais, comment après 9 km de marche, la nuit parfaitement tombée, j'approchais enfin des termes du village et fatiguée des embûches de la nature, j'avais rejoint la route pour profiter de la reposante asphalte. Une voiture était arrivée dans ma direction et s'était garée là en pleine cambrouse. J'avais sauté dans le fossé, pour me cacher, je trouvais bizarre qu'une voiture se gare là et l'avait interprété comme un possible danger. Quelqu'un en était sorti et s'était mis à crier "Céline, Céline" ma mère m'appelait, quel soulagement.
Mon rêve s’est arrêté là, mes souvenirs continuent.
J'ai couru vers elle, elle m'a avancé en voiture puis m'a laissé, là où je lui ai demandé, au passage à guet se situant juste en amont du confluent qui a donné son nom et son sens à mon village (Couffoulens désigne le confluent en occitan) puis j'ai grimpé la côte de l'église pour me retrouver dans mon foyer, mes parents installés devant la cheminée, dans une maison presque vide qui n'était déjà presque plus à nous.
Pourquoi ces souvenirs sont remontés à la surface ce matin ? Peut-être pour me donner matière à me raconter. Pourquoi se raconter ? J'sais pas, pour le plaisir des mots ?


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