Blues de l'actu
Les enfants esclaves qui
produisent nos téléphones et nos chocolats, les perturbateurs endocriniens qui
ne sont pas interdits, les politiciens qui n’en finissent pas de se servir, les
glaces éternelles qui ne le sont plus, les hommes qui tuent de façon toujours
plus odieuses au nom du « Dieu Amour » ou de « l’état
souverain », des pays riches qui vendent des armes aux pays pauvres tout
en leur faisant la morale, des familles entières qui se noient pour échapper à
la famine ou aux bombes, des rescapés de la noyade qui croupissent dans nos
caniveaux et face à qui certains grossiers personnages construisent des murs
pour ne pas qu’ils soient accueillis dans des logements décents et vacants…
Voilà le résumé, d’une
seule journée, des informations qui transitent par nos écrans. Demain, d’autres
se rajouteront de la petite fille de 10 ans obligée de se marier avec son
violeur à la nouvelle grande extinction de masse du règne animal.
Tous les jours, les raisons de se révolter, de
hurler, de pleurer, de monter sur des barricades foisonnent sur nos écrans et
dans nos kiosques. Tous les jours, toutes ces horreurs et tellement d’autres
reçoivent notre attention quelques minutes, nos partages, nos émoticônes qui
pleurent ou qui ragent et puis tous les soirs nous nous couchons, comme nous
nous sommes levés, résignés face à notre époque, celle de la « mondialisation de l’indifférence».
Savoir et rester
impuissant, voilà qui fait de nous tous de grands schizophrènes. Repus de la
société de loisirs, nous aimerions bien boycotter et buycotter, voter mieux ou
ne plus voter du tout – tous en même temps pour leur enlever toute légitimité, mais
nous restons échoués sur notre gros tas d’ordures au bisphénol en se rassurant
chacun comme on peut, du petit peu qu’on peut faire en regardant des GIFs de
chatons et de mer turquoise.


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